DIG / Lors de la signature de l’accord stratégique du 20 juillet 2026 à Paris entre le groupe Eramet et le gouvernement gabonais, un chiffre a discrètement fondu.
Libreville exigeait initialement de transformer localement plus 5 millions de tonnes de minerai de manganèse par an d’ici 2029.
Le protocole final acte finalement un objectif de… 700 000 tonnes d’ici 2031.
Comment expliquer un tel grand écart, qui divise les ambitions par sept ? La réponse tient moins au bras de fer politique qu’à l’implacable réalité industrielle.
Le mur énergétique
Le premier obstacle est énergétique. Transformer la roche de manganèse en alliages industriels (pyrométallurgie) est l’une des activités les plus énergivores au monde.
Il faut entre 2600 et 5800 kwh pour transformer une tonne de mineria.
Le processus nécessite des fours géants fonctionnant à des températures extrêmes proches des 1600 degrés celsus.
Or, le réseau électrique national actuel n’a tout simplement pas la capacité d’alimenter des usines capables d’absorber 5 millions de tonnes.
Un tel volume exigerait la construction de nouveaux barrages hydroélectriques majeurs, ce qui prend des années, voire des décennies.
Le mur logistique
Le second goulet d’étranglement est logistique. Le chemin de fer du Transgabonais et les infrastructures portuaires sont déjà sous pression avec l’exportation du minerai brut.
Bâtir des méga-usines implique d’importer massivement des équipements lourds et des intrants chimiques, qui pourraient saturer un réseau qui nécessite déjà des investissements colossaux pour être modernisé.
Le port de Kobe Kobe dont les travaux ont débuté en juin dernier ne devraient être opérationnelle qu’en 2031.
L’objectif de 700 000 tonnes retenu par l’accord n’est donc pas une simple victoire d’Eramet pour protéger ses marges, mais la limite physique actuelle du pays.
Avant d’espérer imposer le modèle du « tout-transformé », le Gabon va d’abord devoir couler du béton, tirer des lignes à haute tension et poser de nouveaux rails.



