DIG / Le Gabon vient de franchir une étape diplomatique notable : il passe du statut d’État évalué à celui d’État évaluateur au sein du mécanisme onusien de lutte contre la corruption.
Concrètement, des experts gabonais analyseront désormais les dispositifs anti-corruption d’autres États membres, examineront leurs législations et leur formuleront des recommandations — un rôle jusqu’ici réservé aux pays jugés suffisamment avancés dans ce domaine.
Ce que ce changement de statut signifie vraiment
Sur le plan diplomatique, la reconnaissance est réelle. Elle traduit une évolution de la perception internationale du Gabon depuis le changement de régime d’août 2023.
Les réformes institutionnelles engagées par les autorités gabonaises — lutte contre les biens mal acquis, procédures judiciaires contre l’ancienne famille présidentielle, affichage d’une volonté de transparence budgétaire — ont produit un effet de crédibilité suffisant pour que l’ONU confie à Libreville un rôle d’auditeur.
Ce mécanisme d’évaluation croisée par les pairs est l’un des outils les plus structurants de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC).
Y participer comme évaluateur n’est pas anodin : cela engage la réputation du pays et suppose une certaine cohérence entre le discours porté à l’international et les pratiques domestiques.
Le risque du double standard
C’est précisément là que l’analyse doit être nuancée. Le Gabon sera désormais dans la position paradoxale d’évaluer la gouvernance d’autres États tout en poursuivant / consolidant lui-même sa propre mutation institutionnelle — avec ses chantiers inachevés, ses fragilités budgétaires et ses réformes encore en cours.
La crédibilité de ce nouveau rôle dépendra moins des rapports produits à l’ONU que des résultats concrets obtenus sur le terrain : aboutissement des procédures judiciaires en cours, transparence des marchés publics, indépendance effective des organes de contrôle.
Devenir évaluateur est un signal fort. Le rester durablement exige que la lutte contre la corruption cesse d’être un instrument de communication pour devenir une politique d’État irréversible.



