Dette publique : Le vote de rupture de Ntoutoume Ayi face à une dette qui frôle les 86% du PIB

DIG / Lors du débat d’orientation budgétaire du 27 juin 2026, le député d’Akanda était déjà monté à la tribune pour alerter sur la situation financière de l’État.

Onze jours plus tard, face à la presse, il a assumé la conséquence logique de cette alerte : le refus de voter le volet recettes de la loi de finances rectificative 2026.

« Je ne peux pas tenir le propos que je tiens sur l’endettement du pays et voter la loi des finances rectificative en recettes », a-t-il justifié, ajoutant que ce texte « poursuit la même cavalerie budgétaire en termes d’endettement » qu’il dénonce depuis plusieurs mois.

Une dette publique qui s’envole vers 86% du PIB

Les chiffres donnent du poids à cette mise en garde.

Selon les projections de la Banque mondiale, le ratio dette publique/PIB du Gabon, déjà passé de 70,6% en 2023 à 72,5% en 2024, devrait atteindre 82,6% en 2026 puis 86,1% en 2027, largement au-dessus du seuil de convergence de 70% fixé par la CEMAC, dont la moyenne régionale se situe à 51,6%.

À fin mars 2025, l’encours de la dette publique gabonaise s’élevait à 7 179 milliards de FCFA, dont 4 180,7 milliards de dette extérieure et 2 998,3 milliards de dette intérieure, tandis que les arriérés de paiement, intérieurs et extérieurs cumulés, atteignaient 792 millions de dollars fin octobre 2025.

Recettes contestées, dépenses assumées

Le député opère toutefois une distinction qu’il tient à clarifier : s’il rejette le volet recettes de la loi de finances rectificative, il a voté son volet dépenses.

« La partie dépenses répondait aux préoccupations ou des Gabonais ou des ministères, donc je l’ai votée », a-t-il expliqué, avant d’anticiper la critique sur la cohérence d’un tel choix :

« On pourra me dire que si tu votes tes dépenses, tu ne les équilibres pas. Je dis qu’on peut les équilibrer autrement. Je ne suis pas d’accord avec la manière avec laquelle on veut les équilibrer. »

Un déficit budgétaire qui dépasse déjà les seuils d’alerte

Le constat du parlementaire rejoint les projections des agences de notation et institutions internationales : le déficit budgétaire gabonais devrait dépasser 5% du PIB entre 2025 et 2027, dans un contexte de recul des recettes pétrolières, qui représentent encore la moitié des recettes fiscales de l’État.

La Banque mondiale appelle à un assainissement budgétaire rigoureux et à une accélération des réformes de mobilisation fiscale, un diagnostic qui fait écho à l’argument central du député sur le caractère non soutenable de la trajectoire d’endettement actuelle.

Une dissidence qui interroge la majorité budgétaire

En refusant de voter les recettes d’un texte pourtant adopté par l’Assemblée Nationale, Ntoutoume Ayi place son opposition sur un terrain technique plus que politicien, revendiquant une cohérence entre son discours d’alerte et son vote.

Reste à savoir si cette position, portée par un député non-inscrit sans groupe parlementaire, trouvera un écho au-delà de son propre vote lors des prochains arbitrages budgétaires, notamment autour de l’eurobond de 857 milliards de FCFA prévu dans la loi de finances rectificative 2026 via la Société Générale.

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La Redaction

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