DIG / Le 15 juin 2026, devant le Parlement réuni en Congrès, Brice Clotaire Oligui Nguema a instruit son gouvernement d’examiner la problématique des salaires au sein de certaines administrations et entreprises publiques, afin de garantir davantage d’équité et de cohérence dans les grilles salariales de la haute administration.
Un engagement qui fait écho aux décrets déjà adoptés en Conseil des ministres le 26 février 2026, sur la nécessité de plafonner salaires, primes et jetons de présence des DG d’entreprises et établissements publics. Mais qui ne fixent toujours pas les montants précis de ces nouveaux plafonds.
Une lacune qui fragilise leur portée réelle.
Des plafonds fixés depuis 2009, jamais respectés
La réforme annoncée ne part pas de zéro. En 2009, sous le régime déchu, un Conseil des ministres avait déjà fixé les plafonds : 5 millions de FCFA pour un DG, 3,5 millions pour un DGA, 2 millions pour un directeur.
Sauf que ces seuils n’ont jamais été respectés.
En effet, des enquêtes documentent des DG percevant des millions supplémentaires mensuels (entre 6 et 10 millions de FCFA) pour loyer et domesticité, dissimulés hors bulletin de salaire.
Le coût réel d’un DG pour une entreprise publique frôle souvent les 10 millions FCFA par mois, avec des frais de mission oscillant entre 400 000 et 1 million FCFA par jour.
Explosion des Fonds de cabinet
Derrière les rémunérations exceptionnelles des DG, un autre mécanisme de prédation des fonds publics garantissent un confort à vie à ces responsables administratifs : Les fonds de cabinet.
Certains perçoivent même, indique t-on, des montants de…50 millions de FCFA par mois, comme le révèlent certains documents ayant fuité sur la toile.
Aux régies fiscales, douanières et à la Direction générale des Hydrocarbures, les pratiques de surfacturation et de rétention de recettes ont été dénoncées sans jamais aboutir à des poursuites effectives.
Entre engagement présidentiel et épreuve des faits
Le Chef de l’État a martelé depuis la tribune du Congrès : «Il n’y aura pas de plan d’austérité», promettant de préserver les filets sociaux tout en poursuivant les investissements structurants.
Il a également interpellé directement les parlementaires : «Arrêtez de duper le peuple (…) On oublie souvent les directeurs généraux ou leurs adjoints du secteur parapublic, qui gagnent même plus que les ministres et les parlementaires », rappelant leur responsabilité dans le contrôle de l’action gouvernementale.
La maîtrise des rémunérations dans les entreprises publiques sera l’un des tests concrets de cette ambition : un discours de rupture ne vaut que par les mécanismes de recouvrement et de sanction qui le prolongent.
Et le premier acte de ce changement serait la divulgation, pure et simple, des rémunérations de ces hauts cadres.



