DIG / L’annonce de près de 62 % de dossiers irréguliers dans le périmètre audité de la Fonction publique gabonaise ouvre un chantier majeur de réforme.
Dans son discours du 29 août, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a indiqué que cet audit, mené depuis deux mois sur un périmètre limité, avait notamment révélé de nombreux cas d’abandon de poste.
Un chiffre spectaculaire, mais à interpréter
Le 62 % ne signifie pas que 62 % des fonctionnaires sont irréguliers. Il concerne les dossiers examinés et la nature exacte des anomalies reste à préciser.
Cette distinction est importante : une irrégularité administrative peut relever d’un dossier incomplet ou d’une situation à régulariser, et pas nécessairement d’une fraude.
Un chiffre est toutefois particulièrement révélateur : 1 756 agents auraient été identifiés en abandon de poste, pour une masse salariale estimée à 8,1 milliards de FCFA par an.
Un problème budgétaire autant qu’administratif
Au-delà des situations individuelles, l’audit met en lumière un enjeu de maîtrise de la masse salariale et de performance de l’État.
Continuer à rémunérer des agents qui n’occupent plus leur poste représente une dépense publique sans contrepartie en termes de service rendu.
Le problème est d’autant plus stratégique que le gouvernement travaille déjà à la digitalisation du suivi des effectifs, à la gestion numérique des carrières et à la modernisation des systèmes de pointage.
La réforme devra aller au-delà du contrôle
Le président a annoncé la révision du cadre statutaire des agents publics, avec l’objectif de fonder les avancements et reclassements sur des critères objectifs, transparents et équitables.
Le véritable test sera désormais la suite donnée à l’audit : identifier précisément les irrégularités, régulariser les situations justifiées et sanctionner les manquements avérés, tout en protégeant les agents victimes de dysfonctionnements administratifs.
Pour le Gabon, cette réforme peut ainsi devenir davantage qu’une opération de contrôle des effectifs : elle peut être l’occasion de passer d’une administration qui gère des dossiers à une administration qui mesure réellement ses résultats.



