Football : Les 21,75 millions FCFA de salaire mensuel de Sébastien Migné relance le débat sur la valorisation des techniciens locaux

DIG / Le nouveau contrat de Sébastien Migné remet sur la table une question récurrente dans le football gabonais : combien le pays est-il prêt à investir dans un sélectionneur expatrié, et quelle place accorde-t-il financièrement à ses propres techniciens ?

Selon plusieurs médias sportifs, Migné et son adjoint percevront ensemble, 21, 75 millions de FCFA par mois — loin des 40 millions initialement annoncés, mais sensiblement au-dessus de ce que touchait son prédécesseur gabonais.

Les chiffres qui posent questions

Thierry Mouyouma percevait 15 millions de FCFA mensuels. L’écart avec le nouveau staff s’établit donc à 6,75 millions par mois, soit une hausse de 45 % — et plus de 81 millions de FCFA sur une année.

En remontant aux précédents expatriés, le contraste s’accentue encore : Patrice Neveu était rémunéré autour de 19 millions de FCFA par mois, tandis que José Antonio Camacho aurait atteint environ 45 millions.

Le Gabon a donc déjà démontré sa capacité à mobiliser des enveloppes importantes pour des techniciens étrangers.

Le cas Mouyouma : un révélateur de gouvernance

Ce qui frappe davantage l’écart de salaire, c’est le traitement réservé au technicien gabonais en fin de collaboration.

Nommé officiellement en juillet 2024 pour conduire les Panthères dans les qualifications du Mondial 2026, Mouyouma a vu sa collaboration s’achever avec des arriérés de salaires et de primes toujours non réglés plusieurs mois après son départ.

Cette situation pose un problème de cohérence institutionnelle : peut-on demander à un entraîneur local de travailler dans des conditions financières précaires, avec des retards de paiement, tout en mobilisant rapidement des ressources importantes pour un expatrié ?

La réponse dit beaucoup sur la hiérarchie implicite des valeurs au sein de la Fédération Gabonaise de Football (FEGAFOOT).

La vraie question : une politique de rémunération équitable

Le débat ne doit pas se réduire à une opposition stérile entre Gabonais et expatriés.

Un sélectionneur étranger peut apporter une expérience internationale, une connaissance des compétitions africaines et une capacité à gérer un vestiaire qui justifient une rémunération élevée.

Mais le Gabon gagnerait à construire une politique transparente de rémunération des entraîneurs, fondée sur les compétences, l’expérience, les objectifs et les résultats — et non sur le seul statut d’expatrié.

À l’échelle africaine, les sélections les plus performantes ont progressivement développé des techniciens locaux capables d’occuper les postes les plus élevés, sans que cela soit perçu comme une économie budgétaire. C’est précisément cet équilibre que le Gabon doit construire.

Un double enjeu pour les Panthères

Pour le football gabonais, l’enjeu est donc double : obtenir des résultats avec les Panthères sous Migné, et construire en parallèle un vivier de techniciens nationaux formés, reconnus et correctement rémunérés.

Investir dans un entraîneur local ne devrait pas être considéré comme un second choix budgétaire — c’est un investissement dans une compétence nationale durable.

La vraie question n’est pas « faut-il payer davantage un expatrié ? ». Elle est : « le Gabon rémunère-t-il ses entraîneurs en fonction de leur valeur réelle, et leur donne-t-il les mêmes chances de la démontrer ? »

apropos de l auteur

La Redaction

Laisser un commentaire