DIG / Le 29 août 2026 à Makokou, le Gouvernement gabonais a officialisé, aux côtés de The Nature Conservancy (TNC) et de la coalition Enduring Earth, le lancement de Gabon Infini, un Projet de Financement pour la Permanence (PFP) visant à mobiliser jusqu’à 200 millions de dollars (113 milliards de FCFA) sur dix ans en faveur des communautés rurales et de la conservation.
Le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a salué un projet inscrit dans le Plan National de Croissance et de Développement 2026-2030, plaçant l’humain au cœur du développement.
Une continuité plus qu’une rupture
Loin d’être une initiative isolée, Gabon Infini s’appuie explicitement sur un édifice construit depuis 2023.
En août de cette année-là, les autorités gabonaises avaient signé avec TNC un accord de conversion de dette de 500 millions de dollars (les « Obligations Bleues »), permettant de dégager environ 163 millions de dollars sur dix ans pour la protection des océans.
Ce mécanisme a donné naissance, en juillet 2023, au Fonds de Préservation de la Biodiversité au Gabon (FPBG), fonds fiduciaire qui sera à nouveau chargé de gérer et redistribuer les financements de Gabon Infini.
S’y ajoutait un projet de 25 millions de dollars financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), destiné à préparer les mécanismes PFP au Gabon et en Namibie.
Un premier bilan modeste au regard des ambitions
Trois ans après la clôture des Obligations Bleues, les résultats concrets restent limités.
Ce n’est que le 4 février 2026 que le FPBG a procédé à sa première remise de subventions significative : 763 millions de FCFA répartis entre 18 projets, allant de la conservation littorale à l’appui aux mareyeuses de Mayonami.
Un Comité de Pilotage extraordinaire, réuni le 10 mars 2025 sous l’égide de la ministre de la Mer et de la Pêche, avait auparavant validé la feuille de route du dispositif, soit près de vingt mois après la signature de l’accord initial.
Le FPBG reconnaît lui-même ses lacunes
Signe le plus révélateur : le 26 août 2026, trois jours seulement avant l’annonce de Gabon Infini, le FPBG a présenté à Libreville un nouveau cadre de suivi-évaluation, admettant la nécessité de « mieux démontrer l’impact des ressources mobilisées » et de renforcer la transparence dans la gestion des financements.
Un bilan des deux premières années du Fonds avait également été dressé le 27 juillet 2026, lors d’une visite d’une délégation de TNC Afrique à Libreville.
Une montée en puissance qui interroge
Gabon Infini ne se contente pas de reconduire le modèle des Obligations Bleues : il en démultiplie l’ampleur, avec un objectif de financement supérieur d’environ 25 % au montant total des Blue Bonds, pour une enveloppe annoncée dix fois plus élevée que les subventions distribuées jusqu’ici.
Le projet s’appuie sur un Plan de Développement Communautaire et de Conservation prévoyant 3,7 millions d’hectares supplémentaires d’aires protégées, en plus des 3,8 millions déjà sous gestion.
Reste à savoir si le FPBG, dont les outils de mesure d’impact viennent tout juste d’être révisés, disposera des capacités institutionnelles nécessaires pour absorber et rendre compte d’un financement d’une telle échelle sur la prochaine décennie.



