DIG / Rarement un chef d’État gabonais n’aura autant listé les défaillances de son propre bilan dans un discours officiel : CNAMGS dysfonctionnelle, GabPêche en difficulté, projet PIEPAL raté depuis 2014, SEEG à réformer en profondeur . Oligui Nguema a choisi de nommer les problèmes avant que d’autres ne le fassent.
Une posture d’autocritique assumée, certes. Mais est-ce là un exercice de transparence républicaine ou une technique rodée de communication politique qui consiste à désarmer la critique en la devançant ?
L’héritage du passé comme bouclier rhétorique
Tout au long de son discours, le « 30 août 2023 » fonctionne comme une ligne de démarcation absolue entre le Gabon d’avant et celui d’aujourd’hui.
Institutions complices, dette abyssale, chômage massif, corruption érigée en principe : le tableau de l’ancien régime est peint à charge, systématiquement, pour mieux faire ressortir l’action en cours.
Cette rhétorique de la rupture est efficace. Mais jusqu’où peut-elle tenir ? Deux ans après la prise du pouvoir, à quel moment l’héritage cesse-t-il d’être une explication pour devenir une excuse ?
La refondation, un mot qui engage
Le président a choisi le mot « refondation » pour qualifier la période en cours, le distinguant soigneusement de la simple transition. Refonder, dit-il, « c’est bâtir l’édifice nouveau auquel tous nous rêvons ».
Le registre est volontariste, presque solennel. Mais derrière le souffle du verbe, les questions pratiques s’imposent : quels sont les indicateurs mesurables de cette refondation ? Qui en évalue la progression ? Et surtout, qui sanctionne les écarts entre les promesses et les réalisations ?
La légitimité par le discours : suffisant pour gouverner ?
Ce qui frappe à la lecture de cette allocution, c’est la place centrale occupée par la parole présidentielle elle-même comme instrument de gouvernement.
Oligui Nguema interpelle les jeunes, exhorte les parents, rappelle les parlementaires à leurs responsabilités, met en garde les sociétés de récupération de ferraille. Il gouverne depuis la tribune.
Cette omniprésence du verbe présidentiel est-elle le signe d’un leadership fort ou celui d’institutions encore trop fragiles pour porter seules le poids de la refondation annoncée ?



