DIG / Un titre foncier de l’État, TF n° 1185, découpé en lots et vendu à des particuliers et des entreprises pour plusieurs millions de francs CFA, sans que personne apparemment ne s’en aperçoive avant que la radio publique elle-même ne se retrouve enclavée sur son propre terrain.
C’est la découverte qu’a faite le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, lors de son passage à Port-Gentil, en tombant, littéralement, sur un voisinage inattendu : des résidences privées construites sur 42 000 m² appartenant à Radio Mandji.
Un domaine morcelé, une administration aux abonnés absents
Comment un bien de l’État, référencé par un titre foncier, peut-il être fractionné et cédé en toute discrétion pendant plusieurs années sans qu’aucun signal ne remonte jusqu’à la tutelle ?
La question mérite d’être posée, tant l’ampleur de l’opération : plusieurs lots, plusieurs acquéreurs, des documents « déjà régularisés » selon les intéressés eux-mêmes, suppose une chaîne de complicités ou, à tout le moins, une vigilance administrative totalement défaillante.
La directrice provinciale de Radio Mandji, a dû porter plainte pour que le dossier ressorte enfin de l’ombre.
Des acquéreurs en règle, un État floué
Le plus troublant reste sans doute que les acheteurs, convoqués en urgence pour s’expliquer, disposeraient déjà de documents attestant la légalité de leurs acquisitions.
Si le transfert a pu être « régularisé », cela signifie qu’à un moment donné, une administration a validé (ou laissé valider) la cession d’un domaine public.
Le ministre, prudent, a préféré ne pas trancher sur place et promet de solliciter les « très hautes instructions du chef de l’État » avant toute décision.
Une prudence compréhensible face à l’ampleur du dossier, mais qui laisse en suspens l’essentiel : qui a signé, qui a autorisé, qui a profité ?
Affaire à suivre, responsables à identifier
Au-delà de l’anecdote visuelle du ministre cognant à la porte d’une résidence bâtie sur le terrain de sa propre radio, cette affaire pose une question de fond sur la gestion du patrimoine immobilier de l’État gabonais.
Combien d’autres titres fonciers publics ont-ils connu le même sort, loin des caméras ?
L’annonce d’une enquête est un premier pas ; encore faudra-t-il qu’elle aboutisse à l’identification (et à la sanction) des responsables de ce morcellement, plutôt qu’à un énième dossier classé sans suite.



