DIG / Le Gabon pourra-t-il mettre fin aux importations de poulet de chair au 1er janvier 2027 sans provoquer de pénurie ni renchérir le prix de la volaille ?
À moins de deux mois de l’échéance, le défi paraît considérable.
La distribution annoncée de 262 400 poussins à 79 éleveurs constitue un premier appui à la production nationale, mais reste insuffisante, à elle seule, pour remplacer les volumes importés.
Une capacité locale encore trop limitée
La production nationale est estimée entre 4 000 et 5 000 tonnes par an, tandis que les besoins du marché se chiffrent en dizaines de milliers de tonnes.
Selon une analyse publiée fin octobre par Scène Agricole, les importations couvrent encore environ 95 % de l’approvisionnement.
Le programme gouvernemental prévoit certes de soutenir 150 fermes et de mobiliser progressivement plusieurs millions de poussins, mais les capacités de couvoirs, d’élevage et de transformation doivent encore monter en puissance.
Le prix, principal risque de la transition
La subvention intégrale des aliments et des produits vétérinaires pour les premiers bénéficiaires peut réduire les coûts de démarrage.
Elle ne règle toutefois pas la dépendance aux matières premières importées, ni les contraintes liées à l’abattage industriel, à la chaîne du froid et à la distribution.
Or, si l’offre locale reste inférieure à la demande, la raréfaction du poulet pourrait exercer une pression à la hausse sur les prix.
Une interdiction plus rapide que la montée en puissance ?
Le gouvernement a mobilisé plus de 775 milliards de FCFA de conventions d’investissement pour accélérer le développement de la filière.
Mais ces engagements ne se traduisent pas automatiquement par des volumes disponibles dans les marchés.
Le calendrier de réalisation des infrastructures et les résultats effectifs des élevages seront déterminants.
En l’état, remplacer intégralement les importations dès janvier 2027 tout en maintenant des prix accessibles apparaît comme un objectif particulièrement difficile. Le risque serait de substituer à la dépendance extérieure une offre locale insuffisante et plus coûteuse. L
a priorité devrait donc être de publier régulièrement les volumes produits, de sécuriser les circuits d’approvisionnement et d’adapter le calendrier de restriction des importations aux capacités réellement opérationnelles. La souveraineté avicole ne se décrète pas : elle se mesure à la disponibilité du poulet et à son prix pour le consommateur.



