DIG / Du 22 au 24 juillet 2026, un atelier de validation réunissant des représentants de l’ensemble des départements ministériels s’est tenu à Libreville pour examiner deux textes majeurs : le nouveau Statut général des fonctionnaires et le nouveau Statut général de la Fonction publique.
L’objectif affiché par la ministre Laurence Ndong est de refondre en profondeur la gestion des agents de l’État : recrutement, avancement, rémunération, évaluation, tout en intégrant les nouveaux métiers liés au numérique et à l’intelligence artificielle.
Un chantier technique, mené pendant l’intersession parlementaire, mais dont la portée sociale s’annonce déjà considérable.
Le cœur de la réforme : la fin de l’avancement automatique
La mesure la plus disputée concerne l’abandon du système d’avancement à l’ancienneté, jusque-là quasi mécanique, au profit d’une progression fondée sur le mérite, l’évaluation des performances et l’atteinte d’objectifs.
En parallèle, le gouvernement pousse vers l’abandon progressif du recrutement direct sur titre au profit du concours, une pratique jusqu’ici critiquée pour son opacité.
Ces arbitrages s’inscrivent dans une contrainte budgétaire serrée : la masse salariale de l’État avoisine désormais les mille milliards de francs CFA, plaçant le Gabon sous la surveillance des critères de convergence de la CEMAC, alors même que les administrations réclament plus de 14 000 recrutements supplémentaires pour seulement 1 200 autorisés en 2026.
Pourquoi la réforme est boudée
La contestation ne porte pas tant sur le principe du mérite que sur la méthode. Les organisations syndicales dénoncent un texte élaboré en interne par les équipes techniques du ministère, sans réelle concertation avec les partenaires sociaux.
Le syndicaliste Pierre Mintsa, président de la Machette syndicale des travailleurs gabonais vaillants, a publiquement mis en garde le président Oligui Nguema contre toute promulgation en l’état, arguant qu’un texte régissant la carrière des agents ne peut être modifié sans les partenaires sociaux.
Les syndicats redoutent surtout le flou des critères d’évaluation (qui évalue, selon quelle grille), craignant que la marge d’appréciation laisse la porte ouverte à l’arbitraire.
Le Front démocratique socialiste s’est également joint à la contestation, réclamant un moratoire tant que les séquelles des années de blocage de carrière n’auront pas été réparées.
Un scepticisme nourri par les précédents
Cette défiance s’explique aussi par l’histoire récente. Le Forum de la Fonction publique de 2020 avait déjà formulé des recommandations prioritaires : recrutement immédiat de milliers de lauréats de concours, régularisation des pensions de retraités bloquées depuis 2015, dont la mise en œuvre effective a traîné pendant des années.
Le Dialogue National Inclusif a lui aussi produit une feuille de route sur la réforme de l’État, que le chef de l’État a dû, en mai dernier, demander au ministre en charge de la Réforme de reprendre en main faute d’avancées suffisantes.
Pour une partie des fonctionnaires, la promesse de mérite et de modernisation résonne donc comme un énième cycle d’annonces, tant que les dossiers de carrière bloqués, les rappels de solde impayés et les pensions non arrimées n’auront pas trouvé de solution concrète.
Et maintenant ?
L’atelier du 22 au 24 juillet n’est qu’une étape : les textes doivent encore être enrichis avant d’être soumis au Parlement, seule instance habilitée à trancher depuis la nouvelle Constitution.
Le gouvernement se trouve donc face à un choix binaire : passer en force ou rouvrir le dialogue social, pendant que les syndicats annoncent déjà ne pas vouloir attendre sagement la promulgation.
Le prochain point de friction se jouera à la rentrée, dans un contexte où la réforme de l’État, plusieurs fois relancée depuis 2020, continue de se heurter au même obstacle : la conciliation entre rigueur budgétaire et confiance des agents publics.



